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Combien coûte une abeille ? : économiser la Terre

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Recension rédigée par François Pacquement


Ce roman graphique est en fait une démonstration militante, présentée de façon attrayante grâce à une mise en images assistée par ordinateur. Les auteurs avaient testé dans un premier ouvrage[1]  comment mobiliser les illustrations de l’atelier Civic City de Ruedi Baur pour éclairer des concepts économiques. Le résultat est une introduction à la finance durable qui surmonte les réticences des néophytes à aborder la finance et ses ramifications. Le succès de cette formule a intéressé plusieurs partenaires internationaux et ce premier livre a été traduit en anglais, en turc, en arabe, en espagnol, ainsi qu’en mandarin.

Ruedi Baurest un designer franco-suisse, qui a créé et dirigé les ateliers Intégral Ruedi Baur (integral designers – accueil) installés à Paris, Zurich et Berlin. Il a en outre exercé des activités d’enseignement à Lyon, Leipzig, Genève, Paris (à l’École des Arts décoratifs) ainsi qu’en Chine. Ses travaux sont publiés dans différents pays et présentés dans diverses expositions. Il a notamment réalisé l'identité visuelle et signalétique du Centre Pompidou et il est l’un des designers retenus pour concevoir la signalétique du futur réseau de transport public du Grand Paris.

Economiste, Régis Marodon a essentiellement exercé dans la structuration des financements de projets de développement à l’AFD, où son parcours l’a conduit sur tous les continents, avec une prédilection pour les nouvelles frontières, qui l’a fait participer à l’ouverture des activités de l’établissement dans plusieurs pays (Jordanie, Syrie, Bolivie, Pérou, Équateur, Argentine), ainsi qu’à l’établissement de la première agence de l’AFD au Mexique et en Turquie. Après des responsabilités managériales, il s’est tourné vers la recherche et la pédagogie.

Le livre mobilise les arguments scientifiques pour montrer que l’économie actuelle n’est pas compatible avec le dérèglement climatique, la perte de la biodiversité et l’augmentation des inégalités. Cette thèse le rapproche d’un autre roman graphique[3]sur la question climatique. Combien coûte une abeille ? s’en distingue par un propos serré, volontairement descriptif et pédagogique davantage que prescriptif, qui évite tant des prises de position sur le nucléaire que des considérations sur le fonctionnement du cortex humain. Mais la petite abeille permet d’aller au-delà, englobant toute la nature, la question climatique n’étant plus qu’un des aspects de la question écologique.

Comprenons-nous bien que le monde tel qu’il est résulte de nos choix de vie, d’habitat, de mobilité, de consommation, de loisirs ? Savons-nous ce que nous devons à la nature, symbolisée par l’abeille qui lui donne son titre. Lorsqu’elle vole de fleur en fleur, l’image joyeuse et printanière révèle un service économique gratuit de pollinisation rendu à l’humanité. Ainsi procède le livre, en expliquant nos liens avec la nature pour construire un futur souhaitable, au fil d’échanges entre Malia et ses amies, qui vont interroger les outils de l’écologie et de l’économie pour chercher des solutions. Et elles concluront que, puisqu’on ne peut changer ni la planète, ni les gens, alors peut-être faut-il faire évoluer notre façon de penser l’économie, en lui intégrant la dimension du capital naturel comme un actif à préserver ?

Ce texte déroule ainsi, sans concession, un argumentaire pédagogique, serré et épuré, qui fait le tour de la question avec précision. Il s’agit de connaître et comprendre, pour ouvrir le débat sur la relation entre l’homme et la nature en intégrant la dimension économique qui est le maillon faible des discussions actuelles. L’économie est le plus souvent appelée comme à regret, comme si elle était une variable exogène, alors que le livre montre son pouvoir synthétique pour aborder les questions de la relation de l’homme et de la nature. Au cours d’une enquête, les protagonistes vont réaliser que même si le vivant n’a à priori pas de prix, il a une immense valeur. La nature entretient des services gratuits qui sont menacés par nos modèles économiques. Après un diagnostic de la situation, le livre met les outils de l’économie et de la finance au service de la recherche des solutions pour entrer dans la transition.

Le livre mobilise les publications académiques récentes sur la question, avec une recherche d’accessibilité, sans sacrifier à la complexité, grâce à un texte ciselé de mots simples, animé par les échanges entre une journaliste, une philosophe et une modiste, et soutenu par un graphisme très contemporains, très actuel, conçu comme un dialogue étroit avec le texte.

La biodiversité est l’une des clés de voute de nos systèmes économiques. Les vers de terre, les champignons, les abeilles sont les ouvriers invisibles et gratuits qui travaillent pour nous. Remplacer les abeilles par des drones coûterait plusieurs centaines de milliards d’euros par an ! Et remplacer un bassin versement forestier par une station de traitement d’eau de volume équivalent n’est juste pas opérant.

Le livre est un plaidoyer réaliste et mobilisateur pour que l’humanité puisse avoir accès à l’éducation, la santé, le travail et la sécurité, sans détruire la planète.

                                      

 


[1]Après Marodon, Régis, Baur, Ruedi, Financer notre futur commun au temps de la Covid-19, Zurich, Lars Müller, 2021

 

[3]Jancovici, Jean-Marc, Blain, Christophe, Sapin, Clémence, Le monde sans fin, Paris Barcelone Bruxelles [etc.], Dargaud, 2021. 363.738 74.