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Berbessa : mes ancêtres colons

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Recension rédigée par Jacques Frémeaux


Ce petit livre pourrait se présenter comme une de ces recherches généalogiques menées par des Pieds-Noirs, de plus en plus nombreux, sur leurs origines. Son titre évoque le berceau familial, Berbessa, hameau de la commune de Koléa, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. Mais son auteur n’est pas un rejeton ordinaire des générations de colons. Michèle Audin (1954-2024) fut en effet la fille de Maurice Audin, le mathématicien de vingt-cinq ans arrêté le 11 juin 1957 lors de la bataille d’Alger, et dont la disparition mobilisa derrière sa famille, une grande partie de la gauche anticolonialiste. Son assassinat, longtemps nié par les autorités, ne fait plus de doute aujourd’hui, après des années de combat de ses défenseurs, et fut même officiellement reconnu par le président Emmanuel Macron le 13 septembre 2018. Fait sur lequel ni les défenseurs, ni les adversaires n’ont beaucoup insisté, Maurice Audin, né à Béja, en Tunisie, était issu d’une famille de Français d’Algérie, ce qu’on appelle un Pied-Noir. Une grande partie de l’ouvrage est consacrée à retracer les recherches de Michèle Audin, qui ont abouti à établir un arbre généalogique reproduit dans l’ouvrage, et ont conclu à l’origine majoritairement suisse de ses ancêtres, établis en Algérie en 1851.

 On conçoit que la quête généalogique qui recoupe l’histoire coloniale à travers celle de familles européennes ne fut pas facile pour une femme dont les parents communistes rompirent avec les certitudes de leur communauté, très majoritairement acquise à l’Algérie française, et acceptèrent de suivre le Parti communiste algérien dans son combat pour l’indépendance au sein du FLN. Est-il possible, en restant fidèle à ces choix radicaux, de donner à des ancêtres les sentiments d’affection qu’on porte normalement aux générations retrouvées par la généalogie, quand on retrace avec exactitude, fondée sur une documentation très sérieuse, les horreurs de la conquête, et l’inégalité du système colonial, que ces ancêtres se soucièrent très rarement de combattre ? Était-il possible à la fille de Maurice Audin d’oublier que la disparition de son père ne suscita guère d’émotion chez la majorité des Français d’Algérie ? « N’en parlons plus » (p. 128) devait être la conclusion la plus inévitable de cette plongée dans un passé douloureux.