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L'Algérie des oulémas : une histoire de l'Algérie contemporaine, 1931-1991

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Recension rédigée par Jean Nemo


Comme l’indique l’auteure dans ses remerciements en tête de l’ouvrage, il s’agit ici de la version « grand public » d’une thèse soutenue en 2016. Comme il est d’usage dans ce genre de note de lecture, on procèdera d’abord à la présentation de l’auteure puis, plus à fond, sur le contenu de l’ouvrage.

L’auteure, Charlotte Courreye, est membre de l’Inalco, elle était jusqu’à une date récente maître de conférence stagiaire, aujourd’hui chercheuse postdoctorale à l’ENS-Ulm. Elle est signalée dans sa courte bibliographie (cet ouvrage et des participations à divers ouvrages collectifs) comme spécialiste du monde arabe et surtout maghrébin, essentiellement algérien, et de leurs langues. Elle a complété son expérience de terrain par plusieurs déplacements sur place. En outre, elle a obtenu divers prix, de « seconde zone », ceci soit dit sans aucun caractère péjoratif.

Venons-en à l’histoire de cette « Algérie des Oulémas ». Charlotte Courreye en traite en huit chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’une conclusion. On signalera, pour ne pas y revenir, d’assez nombreuses illustrations, en particulier cartographiques, une bibliographie abondante et de bonne qualité, pour autant qu’un lecteur « généraliste » mais raisonnablement « informé » puisse en juger, des index fournis. Une « conclusion » se trouve à la fin de chaque chapitre et permet au lecteur trop pressé de s’y référer !!!

Dans son introduction, Charlotte Courreye fait référence à une manifestation du 15 mars 2019, à Alger, où les manifestants « associaient le fondateur de l’association des oulémas, Ibn Baïdïs (mort en 1940) au 1er novembre 1954, aux origines de la guerre d’indépendance ». Cette introduction se termine par la phrase suivante : « C’est entre cette catégorie et celle de « l’islam moderniste » que l’on pourrait situer les Oulémas algériens, entre conscience nationale, ancrage malékite et panislamisme militant ».

Le premier des huit chapitres concerne évidemment l’histoire des Oulémas : tout d’abord, la présidence d’Ibn Baïdïs, considéré comme « un âge d’or de l’association des oulémas à la période coloniale ».

Le second s’intitule « La présidence d’al Brahïmï, un redéploiement de l’association en Algérie et dans le monde musulman ». Il traite des conditions du remplacement d’Ibn Baïdïs et des structurations ou inventions de la période considérée (du scoutisme musulman, des dirigeants de l’époque, de la séparation du culte et de l’État…Etc.).

Un troisième chapitre est intitulé « L’association des Oulémas dans la guerre d’indépendance : engagements individuels, prudence collective ». Il y est traité notamment des conditions des contacts et du soutien (avec le et au FLN).

Le quatrième chapitre traite de « défendre la personnalité arabe et musulmane dans l’État indépendant « contre le FLN, et tout contre ». On approche ainsi de l’époque récente et des péripéties qui l’ont accompagnée : ou comment l’association des Oulémas a cherché à « profiter » des dissensions au sein du FLN.   

Un cinquième chapitre (1962-1978), dont le titre parle de lui-même, traite « des dominants du champ religieux et des dominés du champ politique ». Il est particulièrement intéressant par sa formule « Oulémas, gardiens de l’islam », en d’autres termes comment s’émanciper du cadre étatique.

Des sixième, septième et huitième chapitres, l’on dira qu’ils abordent successivement la langue arabe, l’arabisation, une nouvelle association des Oulémas dans une période récente.

Ce résumé plutôt « scolaire » des différents chapitres était indispensable pour bien comprendre dans l’histoire coloniale et postcoloniale l’intérêt de l’approche de Charlotte Courreye. Il l’était d’autant plus que le lecteur « éclairé et potentiel » ignore sans doute les complexités de l’islam maghrébin, algérien, des « sectes » qui s’y érigent en alliés ou pourfendeurs des autorités politiques.

Bref, à recommander au lecteur « éclairé », malgré quelques difficultés de lecture et quelques réserves (peu significatives…) qu’un plus savant que l’auteur de la présente note de lecture pourrait commenter. Être publié dans une collection de référence est sans doute une bonne garantie pour ce lecteur…