Culture et modernité dans l'outre-mer français : les défis de la mondialisation

Recension rédigée par Marc Aicardi de Saint-Paul


Un tel sujet pose la question essentielle et rarement abordée, du paradoxe qui existe entre le principe d’unité de la République en Métropole et le statut dérogatoire dans l’Outre-Mer français. « Culture et modernité » aurait pu s’intituler « tradition et modernité », mais il est vrai que la version retenue dans le titre heurtera moins que la seconde, ménageant ainsi les susceptibilités des autochtones. Nous avons donc là deux visions antagonistes de l’Outre-Mer. Il s’agit de les faire cohabiter si la France souhaite maintenir une présence dans ces territoires lointains.

Comme l’écrit à juste titre Arnaud Haquet dans sa préface : « La mondialisation se nourrit de la diversité. Mais pour l’intégrer, elle commence par la désagréger ». Et de poursuivre : « Admettre que cette unité a engendré une uniformité qui ne permet plus de défendre l’identité de la France représente une concession historique ».

Dans leur avant-propos, Arnaud de Raulin et Aurélie Bayen-Poisson exposent le cadre même de l’Outre-Mer français, avec ses atouts pour la France, ses « sociétés singulières souvent métissées, peuplées de communautés aux diverses croyances, religions et représentations du monde, l’arrivée d’un modèle de développement socio-économique libéral… ». Il ne s’agit nullement « de discréditer un modèle plutôt qu’un autre, mais au contraire de comprendre les forces centripètes et centrifuges qui animent ces sociétés au contact d’elles-mêmes et du monde entier ».

Tout au long de cet ouvrage qui se divise en deux aires géographiques distinctes : la Polynésie française d’une part et le reste de l’Outre-Mer d’autre part, les considérations de Droit et de géopolitique sont mises en perspectives à travers des exemples d’ordre culturel.

Quatre cas d’espèces viendront illustrer le partage des cultures en Polynésie française :

Aurélie Bayen-Poisson montre comment à la faveur de la mondialisation, un transfert linguistique s’est opéré progressivement duhakka vers le mandarin. La chercheuse ne se limite pas à ce constat et met bien en évidence la volonté de la Chine populaire d’être présente dans cette région du monde grâce au « soft power », incarné par le mandarin.

Céline Hervé-Bazin étudie le concept de mana, « ce fluide mystérieux et occulte qui serait à l’origine de pouvoirs surnaturels ». Dans sa conception originale, il est associé par les Tahitiens, à « la magie noire et aux esprits des morts hantant des lieux ».

Edgar Tetahiotupa pose la question de savoir si les valeurs polynésiennes sont d’un intérêt majeur en milieu scolaire aujourd’hui. A travers le film documentaire Tuhei,c’est une nouvelle démarche qui est proposée aux enseignants de Polynésie française, leur permettant ainsi d’« explorer une autre manière d’aborder la culture polynésienne ».

Enfin, Marion Fayn expose les enjeux contemporains de la préservation du ‘ori tahiti au Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO.

La seconde partie traite de l’universalisme des cultures dans des territoires totalement différents les uns des autres :

Le cas de la Nouvelle-Calédonie abordé par Arnaud de Raulin envisage tout d’abord la triple dimension de cette question : idéologique, politique et géopolitique. Puis, le juriste traite de la problématique liée au dualisme droit coutumier / droit moderne, ce dernier se rattachant aux fonctions régaliennes de l’État. L’auteur établit un parallèle entre la culture kanake et les sociétés africaines qu’il connait bien. Après avoir rappelé le statut de ces régions périphériques au plan juridique depuis 1958, il évoque le choix cornélien qui s’offre entre deux options, tant à l’État français qu’aux néo-calédoniens : l’union ou la séparation. Enfin, il montre en quoi la modernité vient se heurter aux traditions des Mélanésiens.

Après un rappel historique de la présence française à Mayotte, Foued Laroussi évoque les difficultés de concilier héritage culturel traditionnel et exigences de la départementalisation. Il illustre ce problème en prenant l’exemple de la transmission des langues premières dans le 101e département français.

Mélanie Place-Mezzapesa nous livre un aspect de la Réunion auquel peu de gens s’attendent, puisqu’il s’agit de : Transmettre sa judéité en Outre-mer : d’une histoire familiale à une identité collective à la Réunion. Elle met aussi en évidence les différences entre l’évolution de cette transmission à la Réunion et à Tahiti.

Dans le dernier article intitulé : Évolution des représentations de la maladie chez les Palikur en Guyane française, Nadir Boudehri  a choisi d’approfondir la culture de la Guyane à travers le chamanisme.

Grâce au caractère pluridisciplinaire des contributions à cet ouvrage collectif, écrites par des juristes, anthropologues, linguistes et sociologues, c’est un kaléidoscope des « confettis de l’Empire » qui nous est proposé ici.

Ce qui en fait l’intérêt réside dans les approches multiples qui nous sont proposées afin de mieux appréhender les problématiques de l’Outre-Mer français.