Les Français en Inde 1914-1962 : histoire d'une décolonisation maîtrisée

Recension rédigée par François Grimal


Ce volumineux ouvrage de 701 pages se présente de la façon suivante :

Une judicieuse préface est signée du magistrat David Annoussamy, témoin de longue date de cette histoire.

Un avant-propos dit l’originalité de ces 48 ans (1914-1962) de l’histoire des Établissements français dans l’Inde : il s’agit d’un nationalisme qui se fit jour dès la fin de la Grande Guerre, d’une lutte pour une union, non pour l’indépendance, finalement d’une rétrocession sans heurt majeur, donc, dans l’ensemble, de l’Histoire d’une décolonisation maîtrisée, au milieu de contraintes diverses, dont l’accession de l’Inde à l’indépendance et l’évolution des autres possessions françaises dans le monde. Enfin, pendant cette période, l’Inde française aura traversé deux grandes guerres mondiales.

Une introduction fournit la plupart des informations nécessaires sur les comptoirs proprement dits, les loges et les aldées : informations sur la géographie et l’histoire, énumération des faits principaux dans les domaines économique, social et institutionnel, jusqu’à une chronologie des travaux publics. La question du statut des habitants des comptoirs est mentionnée une première fois dans cette introduction. Il s’agit du décret du 21 septembre 1881 - légèrement antérieur à la période ici considérée - qui institua en Inde « le système original des renonçants à la fois modalité électorale et qualification sociale, qui permit aux bénéficiaires d’afficher, du fait de leur statut [de citoyens français], leur attachement à la France et leur rang social. Les renonçants eurent alors à choisir un nom de famille ». Cette décision constitue assurément l’un des faits majeurs de cette histoire à cause de ses conséquences, non seulement politiques au sein des comptoirs et des relations avec la France, mais aussi sociales en favorisant notamment une émigration vers d’autres possessions françaises de l’époque, donc un développement de la diaspora tamoule. Notons ici, qu’au lieu d’apprendre dans la note 28 que cette « renonciation » n’a rien à voir avec la dernière étape de la vie d’un hindou orthodoxe, le lecteur attend plutôt de savoir quel était le statut auquel ces indiens étaient appelés à renoncer.

En conclusion, il est question du legs d’une présence française de quatre siècles, legs important, très divers, mais qui - pour l’auteur de cette note -, sous tous ses aspects, matériels aussi bien qu’intellectuels, qu’il s’agisse d’une architecture ou de la langue française, s’amenuise inexorablement au sein de l’Inde.

L’ouvrage s’achève avec 3 annexes de 15 pages de listes de personnalités - par dates et non alphabétiques comme on les attendrait plutôt :

1. personnalités françaises : ministres des Colonies puis, de la France d’Outre-mer, ambassadeurs de France en Inde, parlementaires (sénateurs et députés de l’Inde française), administrateurs (gouverneurs de l’Inde française…) ;

2. personnalités britanniques ;

3. personnalités indiennes

Neuf pages de références d’archives témoignent de l’ampleur et de la solide assise de la tâche accomplie par l’auteur. Une bibliographie, elle aussi de neuf pages, clôt cet ouvrage.

Les notes, au nombre de 1101, ajoutent quantité de précisions, dates et renseignements biographiques entre autres, concernant les évènements relatés et les personnages mentionnés.

Le cœur de l’ouvrage est le récit détaillé de cette histoire.

La période couverte, donc de 1914 à 1962, est divisée par l’auteur, selon l’ordre chronologique, en 4 grandes parties, elles-mêmes subdivisées en chapitres (8 au total). Chaque partie est introduite, très brièvement pour les trois premières, plus longuement pour la dernière. Les chapitres sont eux aussi très brièvement introduits, leurs titres résumant leur teneur d’un unique adjectif qualifiant l’Inde française (« L’Inde française solidaire » ; « L’Inde française assurée » ; « L’Inde française ébranlée », etc.). Une table des matières très développée détaille les multiples parties et sous-parties qui composent les chapitres. On y voit défiler les différents aspects et évènements de cette histoire, toujours selon l’ordre chronologique.

Les qualités de cet ouvrage sont manifestes : ainsi, sa nouveauté et son exhaustivité (l’auteur rappelle qu’« il n’existe pas, dans la littérature française, d’ouvrage embrassant, sous tous ses aspects, l’évolution des Comptoirs français durant le siècle dernier ») ; son souci de précision et du détail aussi, servi par le fait que, comme l’auteur le précise, cette histoire « repose presque exclusivement sur les archives administratives ». Autant de qualités qui font de ce livre, plutôt qu’un récit historique, un ouvrage de référence.

Mais pour qu’il puisse être facilement consulté en tant que tel, il eût fallu le pourvoir d’index. Ce qui lui aurait donné des proportions hors de mesure.