Peter Sebald et le Togo : mélanges en mémoire d'un chercheur et de sa passion

Recension rédigée par Philippe David


Il est des recensions délicates et émouvantes à faire quand il s’agit de l’ouvrage consacré à un ami. Car, du Togo à Berlin, Niesky et Bayreuth, Peter Sebald fut aussi le mien pendant trente ans.

Loin de Lomé, j’avoue être surpris de le retrouver, sur les deux photos de couverture, lunettes sur le nez, affublé d’un curieux déguisement multicolore directement inspiré du Ghana. Mais ce jour-là, pour son soixantième anniversaire et presqu’à son corps défendant, les professeurs de Lomé avaient tenu, pour marquer et récompenser sa totale intégration, à le soumettre aux us et coutumes de leur université.

Sa biographie complète (1934-2018) est donnée ici en détails et nul n’est besoin de la répéter. Confirmons simplement qu’il fut un personnage étonnant, émouvant, bénéficiaire d’une expérience professionnelle pour le moins originale entre sa formation marxiste rigide en Allemagne de l’Est, sa découverte tardive du Togo auquel, à distance, il consacrait déjà ses études depuis presque trente ans mais sans avoir pu y venir, et une fin de carrière pleinement dévouée à ce pays d’Afrique, très probablement le seul à bénéficier d’un pareil parcours, jusqu’à la porte même de la naturalisation. 

Co-édité par l’Harmattan et les Presses de l’Université de Lomé, cet ouvrage devrait pouvoir être diffusé et connu au Togo comme il le mérite. Très collectif et très composite, il rassemble, chronologiquement, quatre éléments bien différenciés. Les deux premiers marquent d’abord les dernières années de la vie professionnelle de Peter Sebald au Togo : en 1994, la célébration de son soixantième anniversaire avec publication, malgré son refus, d’une première série de “mélanges” (en 1995 et en 2004), puis, en 2009, la cérémonie de son départ. Suivent les hommages qui lui ont été rendus en deux fois, d’abord le 12 avril 2018, aussitôt après son décès, avec trois “hommages” proprement dits, huit “témoignages” et une “nécrologie” ; puis, en vue de ce livre, dix “contributions scientifiques”.

La première de celles-ci est précieuse puisqu’elle est, a posteriori, de Peter Sebald lui-même, grâce à la traduction tardive de deux des chapitres de son gros ouvrage original parvenu à Lomé dès parution en 1988 (mais bloqué et interdit alors de traduction par l’ambassade d’Allemagne !) On y revient sur “les Missions et l’emprise idéologique sur les Africains” puis sur “la politique scolaire et linguistique”, au Togo d’avant 1914. Les textes suivants complètent l’histoire du pays “allemand” ou “français” depuis plus d’un siècle dans plusieurs domaines économiques ou politiques, notamment : la question foncière, les dommages de guerre,  l’immigration kabyè dans les domaines agricoles du sud, l’implication de la divinité Nana Buruku dans la résistance à l’ordre colonial, la formation des autochtones, la déportation par les Français du clan des Adjigo d’Aného dans les années 1920 et aussi l’étrange rumeur des “pouces coupés” au pays des Konkomba.

Notons enfin la traduction en français (récemment retrouvée) du journal (définitivement perdu) d’un pasteur allemand mobilisé sur place en 1914 mais non combattant, car elle prouve qu’il y en avait encore à apprendre sur cette courte guerre de trois semaines. J’ai donc été trop pressé, dans mes recensions pour l’ASOM des deux derniers ouvrages consacrés au Togo chez le même éditeur, d’affirmer récemment le contraire.