Djibouti : la diplomatie de géant d'un petit État

Recension rédigée par Jean Nemo


Comme le nom de l’éditeur l’indique, il s’agit ici de ce que l’on pourrait appeler un travail d’étudiant ou d’universitaire. Ce que confirme la courte bibliographie de l’auteure. Celle-ci s’est spécialisée dans l’international, elle appartient à l’Institut de recherche de l’École militaire (IRSEM), elle est maîtresse de conférence en sciences politique à l’université catholique de Lille, elle intervient à l’occasion à Sciences Po Paris, elle s’est spécialisée dans la Corne de l’Afrique. Bref, une auteure encore en large devenir, formule qu’il ne faut en aucun cas considérer comme dévalorisante.

Cette courte et sans doute trop sommaire présentation de l’auteure conduit à la présentation et à l’analyse de l’ouvrage proprement dit : quatre chapitres respectivement intitulés : Djibouti au cœur d’une scène régionale tumultueuse ; une souveraineté menacée (le mythe fondateur de l’État djiboutien) ; une ingénieuse politique étrangère au service d’un pouvoir concentré ; Djibouti au cœur de la route maritime chinoise. Ces intitulés résument bien l’approche ici assumée pourquoi et comment ce « confetti de la Corne de l’Afrique » a tiré son épingle du jeu en jouant dans la cour des grands.

De son introduction, qui, classiquement, annonce le plan et le contenu de l’ouvrage, l’on retiendra une phrase : « Á bien y réfléchir, si Djibouti semble connu d’à peu près tout le monde et profondément ancré dans l’imaginaire collectif français, ce pays, son régime et sa société restent relativement méconnus ». Certes, l’Éthiopie, le Somaliland, la Somalie ont fait l’objet de bien des études de nombreux chercheurs de disciplines variées. Raison de plus pour s’intéresser à ce confetti de l’ancien empire colonial français, reste d’une ambition transcontinentale.

L’ouvrage s’appuie sur une recherche approfondie, de nombreux entretiens (les pages correspondantes sont encadrées en gris, ce qui relève d’un excellent travail de présentation). Il commence, dans l’introduction, par une analyse critique de ce que l’on peut entendre par « la corne de l’Afrique », qui ne correspond à aucune entité officielle, politique, économique ou géographique. La même introduction se termine par le constat que Djibouti se situe sur « l’une des routes maritimes les plus utilisées au monde… », rencontrant par exemple « les Nouvelles routes de la Soie » (chinoises…), soit un afflux de contrats de construction portuaires et ferroviaires.

La conclusion de l’ouvrage commence par la phrase : « Par le passé, un passé qui n’est pas si lointain, nous avons connu Djibouti hors du temps, avec ses légionnaires français dans les rues ». Elle se poursuit par le constat qu’il s’agit d’un État jeune, aux ressources humaines limitées, avec des voisins turbulents qui avaient des vues sur lui. Comme il est dit dans la même conclusion, « l’étude des petits États permet de mieux appréhender les enjeux internationaux et offre des perspectives originales à la discipline des Relations internationales ».

Soit un mélange de souvenirs personnels (l’auteure a fait plusieurs déplacements dans la région et en relate ses observations vécues), d’étude d’une catégorie peu connue d’État, des conditions dans lesquelles ils peuvent accéder au statut de géant local…

On terminera par ces appréciations : malgré les dimensions réduites de l’ouvrage, l’appareil critique est de bonne qualité ; il mêle astucieusement recherche sur le terrain et en archives. On ne saurait trop le recommander au « lecteur éclairé » qui en retirera une bonne connaissance de ce « géant » que sans doute il situe mal depuis son indépendance, pour autant qu’il se soit intéressé à l’histoire coloniale et à la post colonisation.