Les veilleurs de Sangomar

Auteur Fatou Diome
Editeur Albin Michel
Date 2019
Pages 326
Sujets Roman sénégalais de langue française
21e siècle
Cote 63.165
Recension rédigée par Jean Nemo


Il s’agit ici d’un roman. L’auteure est sénégalaise et française, après avoir cumulé dans son pays d’humbles taches, car illégitime même dans son droit coutumier. Elle s’est installée en France, pour y suivre son mari, en Alsace. Fort mal reçue par sa belle-famille, elle divorce rapidement.

Bref, pour rester francophone, une self made woman qui a, encore enfant, forcé la porte des écoles dans son pays natal, également forcé son entrée à l’université, toujours en pratiquant, par exemple, des ménages.

Sa relativement longue bibliographie est constituée de quelques romans à succès, voire d’une collaboration avec Titouan Lamazou (pour « Mauve », un livre de dessins et photographies). « Le ventre de l’Atlantique », paru en 2001, recueil de nouvelles, connaît un grand succès. Plus généralement, on connaît à cette auteure des opinions bien tranchées sur les montées en Europe du populisme (« il ne faut plus se taire face aux obsédés de l’identité nationale »).

Dans l’ouvrage sous revue, le prologue commence par la phrase « Avec ou sans lune, ils veillent regroupés au centre de l’île de Sangomar ; en attendant de poursuivre leur voyage et répondent à ceux qui les réclament sur l’autre rive… ». Le ton est donné : selon la tradition animiste, djinns et âmes des défunts se rassemblent et appellent « l’autre rive » celle des vivants.

On regrettera l’absence d’une table des matières qui permet de guider la lecture et celui qui en rend compte. Apparemment le roman compte une vingtaine de chapitres, un prologue et un épilogue.

L’héroïne, Coumba « Veuve, assignée à résidence dans sa belle-famille, que pouvait-il se passer dans sa vie ?», dit le prologue. On ne peut que faire un rapprochement avec Fatou Diome et sa propre histoire vécue. L’épilogue se termine par la phrase « Cap sur la prochaine escale ! ».

La quatrième de couverture rappelle l’essentiel : « la jeune Coumba entame un long veuvage, recluse chez sa belle-mère ». En fait, il s’agit d’un mélange de la propre existence de Fatou Diome, de ses mésaventures rappelées plus haut, et d’une référence à un évènement réel, le naufrage du Joala en 2002, au large du Sénégal.

Le style est enlevé, riche de métaphores. C’est là ce qui importe dans un roman. Et riche du mélange de la vie africaine et de ceux ou de celles qui s’en sont éloignés.

Bref, les qualités d’un excellent roman : le style bien personnel, une histoire qui a du sens, à laquelle le lecteur s’attache et n’abandonne pas sa lecture.