Il est déjà demain

Recension rédigée par Jean Nemo


On ne présente évidemment pas l’auteur dont le parcours est connu de la plupart de ses lecteurs habituels. Écrivain francophone reconnu (notamment Grand Prix de la francophonie de l’Académie française, en 1972 et encore jeune), il a mené une carrière politique au Congo Brazzaville (plusieurs fois ministre et premier ministre), puis directeur général adjoint à l’UNESCO, en charge de la culture, ambassadeur de son pays en France. Beaucoup seraient satisfaits d’un tel parcours.

Sa bibliographie est riche de romans et nouvelles, ils ont tous connu du succès. Il a contribué par préfaces interposées ou comme contributeur à d’autres ouvrages ou colloques.

Oui mais. Henri Lopes est en même temps l’héritier de nombreuses ascendances, il a le teint clair, ce qui lui a valu comme bien d’autres des méfiances ou des réserves à caractère ethnique de la part de ses compatriotes congolais. Il est possible que son nom, malgré les apparences, ne soit pas d’origine portugaise mais bien, d’après notre auteur, issu d’une « Lopessa », une fille indigène donnée à un Blanc contre rétribution et bien que cela fût interdit, au temps dorénavant lointain des conquêtes coloniales. Nom qu’un missionnaire distrait et ignorant transformera en Lopes, baptisant l’enfant, père de notre auteur, lui supposant un père inconnu mais lusitanien. Alors que l’ancêtre européen était Wallon…

On rappellera la formule percutante d’Alain Mabanckou, selon laquelle il était « Congaulois », Henri Lopes l’est à double titre, de par ses origines familiales et ethniques.

On ajoutera – même si cela n’a pas grand-chose à voir avec l’ouvrage sous revue – qu’Henri Lopes est membre associé de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, ce qui sauf lecture inattentive, n’est pas mentionné ici.

Ce long préambule pour définir ce qu’est cet ouvrage. Non pas un roman, encore moins des nouvelles, dont l’auteur fut prolifique, mais un « récit », comme l’indique Wikipédia, récit d’une vie faite de joies et de déceptions, de bonheurs et de peines.

Sur plus de cinq-cents pages, l’auteur se livre au lecteur, depuis sa première enfance jusqu’à sa vie d’adulte puis de retraité, non pas de la littérature mais de la limite d’âge pour certaines fonctions.

Pas de table des matières pour ce récit ou chronique, les chapitres ne portent pas de titre… Il est donc peu opportun d’essayer de résumer, on citera quelques bons mots de début et de fin d’ouvrage et l’on invitera le lecteur potentiel à devenir lecteur effectif.

« On me demanda – [les autorités congolaises] – de justifier ma filiation » car « je figurais sur une liste de hauts fonctionnaires d’origine douteuse ». Citant Einstein « Mes origines ? Les mêmes que les vôtres : le singe », formule mal reçue…L’auteur n’était donc pas un fils authentique du pays.

« Alors, pourquoi avoir écrit ?...afin d’éclairer ceux qui nous succèderont…Mais nous n’avons pas réponse à tout…La double tâche [de l’écrivain] est d’étaler son ressenti et de poser des questions. Bien formulées, ce sont peut-être des réponses ».

Jean Nemo