François Cheng entre Orient et Occident

Recension rédigée par Jean Nemo


On ne présente plus François Cheng : poète, romancier, essayiste, calligraphe, illustrateur, traducteur, académicien depuis 2002, prix Femina, grand prix de la francophonie, ancien étudiant en France, réfugié tôt dans ce même pays, avant ses vingt ans, il a choisi d’exprimer en chinois mais surtout en français des notions philosophiques, des romans, des calligraphies, des poésies ou des paysages chinois. Et bien d’autres choses encore.

Quelques mots à propos de l’auteure, sans doute un peu moins connue du grand public. Présidente de l’Alliance française de Touraine, elle a soutenu en 2008 une thèse dont le titre était : « Une figure de la francophonie chinoise : François Cheng pèlerin entre l’Orient et l’Occident ». Sa courte bibliographie, articles et ouvrages, est essentiellement consacrée à François Cheng et plus généralement aux arts et écrits de lettrés chinois, au bouddhisme Chan (ou zen), au sein duquel le même François Cheng vécut une partie de sa petite enfance.

Bien que des similitudes existent dans les titres et de la thèse et du présent ouvrage, il n’est pas indiqué s’il s’agit ici d’une publication « grand public » de ladite thèse. Cependant, tant dans les références bibliographiques générales que dans les références à l’œuvre de François Cheng, très rares sont les dates postérieures à celle de la soutenance de thèse de 2008. Ceci importe finalement peu pour l’analyse de l’ouvrage.

Dans son introduction comme dans sa conclusion générale, l’auteure évoque non pas un intervalle « entre Orient et Occident » mais bien plutôt un monde où les frontières ne sont plus de mise. Elle précise qu’elle a plus cherché à retrouver la « sensibilité d’une personne » qu’à traiter du théoricien.

Elle procède en trois parties, passant d’une esthétique « interculturelle et intertextuelle » à des spiritualités et des philosophies qui permettent de bien lire le monde. Enfin, elle examine en quoi la démarche spirituelle, artistique, littéraire, philosophique de François Cheng tend à la recherche d’une « œuvre absolue ». 

L’auteure approfondit chemin faisant les espaces que François Cheng a arpentés. Et comment il les a réunis en faisceaux cohérents, non pas de territoires inconnus, mais se répondant entre eux.

Par exemple, pour ce qui est de son rapport à la pensée chrétienne (chapitre 3 de sa seconde partie) : son analyse de « Quand les âmes se font chant – Cantos toscans »et de leur place dans l’œuvre est remarquable : les références bibliques y sont abondantes, le croyant est membre des deux cités de Saint Augustin, « écartelé entre l’humanité à laquelle il appartient et son aspiration vers l’élévation spirituelle ». Suit une longue démonstration, convaincante, de ce que la construction du poème suit « l’annonce des épisodes bibliques fondamentaux ». Ce chapitre se termine par la phrase suivante : « Lire et s’imprégner des poèmes de François Cheng n’éveillent pas seulement dans la conscience la représentation d’idées, mais orientent vers l’idée d’une éternité par-delà les frontières ».

Cependant, pour le lecteur qui se souvient d’autres auteurs qui ont analysé les rapports, les ressemblances et surtout les différences entre la pensée philosophique chinoise et les héritages occidentaux des antiques penseurs grecs et latins mêlés aux révélations bibliques, cette conclusion mérite discussion. Que l’on ne commencera pas ici, tant l’œuvre de François Cheng est complexe et prête à bien des exégèses.

À propos d’exégèse, celle de Véronique Brient figure sans aucun doute parmi les meilleures. Pour qui a soi-même lu et relu poèmes, romans, essais, ou qui a apprécié les illustrations ou autres gravures qui les accompagnent, la lecture de son ouvrage appellera de sa part questionnements, commentaires, voire désaccords… Signes parlants de la qualité de l’ouvrage.

Celui-ci s’accompagne d’une bibliographie probablement complète des œuvres de François Cheng (en chinois et en français), d’une longue bibliographie d’autres auteurs contemporains ou anciens.

Une annexe rappelle utilement les éléments biographiques de la vie de cet académicien hors du commun.

Jean Nemo