Imprimer

unesco.jpg

Participants à la table ronde

Recommandations soumises aux autorités gouvernementales suite à une Table ronde organisée par  l’Académie des Sciences d’Outre-Mer  sous les auspices de la Commission Océanographique Intergouvernementale sur le thème : « Les ressources minérales exploitables (nodules polymétalliques, encroûtements de ferromanganèse riches en cobalt, sulfures polymétalliques hydrothermaux) dans les domaines abyssaux et bathyaux : options de gestion et de conservation de la biodiversité des écosystèmes associés » .

Cette table ronde s’est tenue de 9 h à 19 h le 10 Novembre 2010 à l’Unesco, 1 rue Miollis, salle XIV, 75015 Paris. Elle était organisée par le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences d’outre-mer (ASOM),  M. Pierre Gény et le Dr. Virginie Tilot-de Grissac (ASOM). 

 

Participants à la table ronde

Le contexte est celui de l’exploitation  minière des fonds marins, pouvant se matérialiser dans un proche futur de part l’intérêt croissant commercial et stratégique des ressources (notamment pour les sulfures hydrothermaux et les encroûtements de cobalt). Or cette exploitation est estimée comme l’activité anthropique la plus importante à l’échelle des océans qui affecterait directement les fonds marins, ainsi que la colonne d’eau et la surface et l’air au dessus de la zone d’exploitation en raison des technologies et stratégies utilisées. Face aux menaces réelles pour la biodiversité, la recherche porte ses efforts sur l’étude de la structure et du fonctionnement des biocénoses abyssales et des paramètres environnementaux afin de définir différentes stratégies de conservation et de gestion de la biodiversité.

 

Pierre Gény, secrétaire perpétuel et Virginie Tilot de Grissac, académicienne

L’objectif de cette table ronde était de décrire de manière synthétique l'état des connaissances sur les différents écosystèmes (nodules polymétalliques, encroûtements de ferromanganèse et de cobalt et sulfures polymétalliques hydrothermaux) et de proposer une série de recommandations en matière de conservation et de gestion de la biodiversité face aux impacts que susciterait l'exploitation de ces minerais.

Cette table ronde clôture un projet mené par le Dr. Virginie Tilot-de Grissac depuis 2004 avec la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’UNESCO et le gouvernement de Flandres sur l’étude de la biodiversité d’un écosystème de nodules polymétalliques dans une province abyssale de l’Océan Pacifique équatorial Est et la définition d’options de gestion et de conservation de la biodiversité. 

Les travaux, publiés dans les Séries Techniques de la Commission Océanographique Intergouvernementale, ont fait l’objet de plusieurs communications à des symposiums :

http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001495/149556f.pdf
http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001495/149556e.pdf

Un troisième volume, récemment publié, actualise les données scientifiques incluant un  nouveau site d’étude dans la zone de Clarion Clipperton de l’océan Pacifique tropical nord est, où les nodules polymétalliques sont les plus intéressants commercialement

http://www.iocunesco.org/index.php?option=com_oe&task=viewDocumentRecord&docID=6164.

Cette dernière publication exprime la nécessité d’une stratégie plus large de conservation et de gestion de la biodiversité en définissant les critères et les outils plus adaptés à l’écologie du milieu abyssal qui permettront de suivre et mieux gérer les impacts d’une exploitation minière future.

La table ronde traite des écosystèmes abyssaux ciblés par les miniers ainsi que des sujets relevant de différentes disciplines sur le thème de l’atelier.

Une série d’interventions ont été programmées :

  • L’équipe de la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI- UNESCO) et leurs projets relevant des programmes sur la gouvernance en Haute Mer, 
  • Le Dr. Salvatore Arico, Programme sur l’Homme et la Biosphère (MAB), Division des Sciences Ecologiques et de la Terre (UNESCO) et son programme sur la conservation de la biodiversité en haute mer,
  •  M. Pierre Gény (secrétaire perpétuel de l’ASOM) et la vocation de l’Académie des sciences d’outre-mer, réflexions sur la première session de la table ronde,
  •  Dr. Virginie Tilot-de Grissac (COI-UNESCO-ASOM) et le bilan des résultats réalisés de 2004 à 2010  lors du projet (COI- UNESCO) et du Gouvernement de Flandres,
  •  Dr. Nicolas Binard (Université de Kiel) et la description du contexte géologique des 3 écosystèmes ciblés, les nodules polymétalliques, les encroûtements cobaltifères et les sulfures polymétalliques ; Volcanisme sous-marin et hydrothermalisme associé, 
  •  Prof. Christophe Hemond (CNRS-UBO, IUEM, Brest), Dr. Virginie Tilot-de Grissac (CNRS-ASOM) et la découverte récente d’une zone de sites hydrothermaux, dénommée « Teohitihuacan », avec des communautés faunistiques particulières sur une zone inexplorée de la dorsale Est Pacifique, à 16°N au large du Mexique, à l’intersection d’une chaîne de monts sous-marins, (mission CNRS « PARISUB » avec « le Nautile ») (les aspects faunistiques de cette découverte avaient fait l’objet d’une communication par Dr. Virginie Tilot-de Grissac à l’ASOM le 26 mai 2010)
  •  Prof. Gérard Mottet (ASOM) et la continuité et répartition des dorsales d'accrétion dans la géologie des fonds océaniques,
  •  M. Jean Pierre Lenoble (ex-IFREMER, AFERNOD) et l’histoire des explorations sur les provinces de nodules polymétalliques, les enjeux et l’Autorité Internationale des Fonds Marins,
  •  Prof. Jean Paul Pancracio (IRSEM, Université de Poitiers) et les aspects juridiques de la conservation de la biodiversité en haute mer
  •  Dr. Alain Jeudy de Grissac (IUCN, ASOM) et la gouvernance marine dans les eaux territoriales et en haute mer, principes et stratégies,
  •  Dr. Stéphane Hourdez (CNRS-UPMC-INSU, station biologique de Roscoff) et le contexte des environnements extrêmes en particulier les sites hydrothermaux, les communautés faunistiques et leur adaptation,
  •  M. Michel Segonzac (MNHN, ex IFREMER) et la faune abyssale, réflexions d’un naturaliste expert dans le domaine abyssale sur plus de trente ans d’explorations et le patrimoine génétique des biocénoses abyssales, 
  • Dr. Jean-Noël Capdevielle (CNRS-Université de Paris 7, ASOM) et la recherche géophysique et  les très grands instruments, le projet Geotron et l'exploration de la  croûte océanique. Quelques données sur les ressources minérales potentielles des croûtes planétaires et de satellites.
  • M. Michel Segonzac (MNHN, ex IFREMER) nous a présenté quelques vidéos sous-marines de divers écosystèmes profonds. 

 

 Faune sur différents fonds abyssaux
© M. Segonzac, Ifremer

L’expérience impressionnante des participants, experts de l’ASOM, de l’Unesco et des différentes institutions a alimenté les débats durant toute la journée poursuivant bien au-delà des sessions prévues. Pour clore,

Deux documents ont été produits suite à cet atelier d’experts internationaux multidisciplinaires :

  • une note scientifique décrivant la biologie, l’écologie et la vulnérabilité des écosystèmes associés aux nodules polymétalliques, aux encroûtements de ferromanganèse et de cobalt et aux sulfures polymétalliques hydrothermaux
  • des recommandations pour la conservation et la gestion de la biodiversité au sein d’écosystèmes océaniques profonds dans le cadre de l’exploitation des ressources minières (nodules polymétalliques, encroûtements ferro-manganésifères riches en cobalt et sulfures hydrothermaux).

 

Pillow lava sur la dorsale Est Pacifique, Campagne PARISUB
© UBO-CNRS- Ifremer

Dans le cadre de son mandat, l’Académie des sciences d’outre-mer, présente ensuite ces documents aux Autorités compétentes du Gouvernement français, ainsi qu’à l'Autorité internationale des fonds marins ayant pour mandat la gestion des activités minières et la protection de l’environnement marin par l’établissement d’un code minier.

Elle recommande

  • De faire mieux connaître et reconnaître la valeur de ces écosystèmes océaniques profonds comme des éléments essentiels de la biodiversité des fonds océaniques.
  • De faire prendre conscience de la nécessité d’approfondir les connaissances sur ces écosystèmes océaniques profonds, leur biodiversité et leur rôle écologique.
  • De faire prendre conscience du fait qu’outre la valeur économique des minerais inclus, ces écosystèmes océaniques profonds présentent une grande valeur par leur patrimoine génétique souvent unique et valorisable en termes de biotechnologie comme rappelé lors de la Conférence de la CDB (Nagoya, 2010).
  • De promouvoir l’amélioration de la gouvernance des grands fonds marins en dehors des juridictions nationales à travers une meilleure coordination entre les Conventions sur la Diversité Biologique et sur le Droit de la Mer et/ou en étendant le mandat de l’Autorité Internationale des Fonds Marins à l’ensemble du milieu marin concerné dans le cadres des activités d’exploitations minières (sous-sol, sol, colonne d’eau, surface et domaine aérien).
  • De préparer une stratégie pour l’étude, la conservation et la gestion des fonds marins afin d’avoir une approche intégrée des impacts naturels et anthropiques et d’appliquer le principe de précaution dans le cadre d’une décision d’exploitation minière.      

Elle recommande spécialement

  • De considérer ces écosystèmes océaniques profonds et l’exploitation de leurs ressources minérales dans le cadre d’une approche écosystémique intégrée en prenant en compte à la fois le sol et le sous-sol des fonds marins, la colonne d’eau, la surface et la partie aérienne pour réaliser les études d’impact, proposer des mesures de gestion et définir des sites de conservation.
  • De faciliter, dans le cadre des conventions internationales et des négociations concernant l’environnement, la mise en place de groupes de travail sur la gouvernance des océans et des mers et la nécessité d’une nouvelle approche permettant de gérer de manière intégrée ces espaces en considérant l’aspect multi-dimensionnel et non pas seulement les activités sectorielles (exploitation minière, trafic maritime, pêche, …).
  • De considérer, dans le même cadre, au vu des problèmes de création et de gestion et d’application de la réglementation pour les aires marines protégées en haute mer, la mise en place d’une institution internationale dûment mandatée à cet effet.  
  • De supporter la mise en place de groupes d’experts multidisciplinaires sur ces écosystèmes océaniques profonds afin d’améliorer les connaissances et la prise en compte de leur sensibilité aux perturbations et aux impacts.
  • De favoriser la mise en place d’une base de données commune et ouverte à tous sur ces écosystèmes océaniques profonds.
  • De renforcer les capacités des pays émergents.
  • De lancer un appel à la mobilisation de ressources pour l’étude de ces écosystèmes océaniques profonds (fonctionnement, inventaire taxinomique, étude du génome..) pour l’ensemble des recommandations précédentes.